Une forêt primaire, vieille de 130 millions d'années.

Une flore et une faune composées de 10 000 espèces différentes.

4343 km2, classés Parc National en 1938.

Voici ce que l'on peut dire du parc Taman negara.

Nous décidons de nous y rendre. 3h de minibus et une approche finale de 2h30 en pirogue. Nous montons à bord, il faut bien se tenir, ça bouge tellement on peut tomber dans l'eau. Cette eau tellement trouble de couleur marron (on s'imagine les pires poissons)... Le moteur se met en marche et prend de la vitesse le paysage défile, à droite comme à gauche uniquement de la forêt, uniquement du vert, des arbres gigantesques et quelques singes qui sautent d'arbres en arbres, nous croisons un village d'Orang Asli (tribu aborigène). On s'imagine être les aventuriers de l'arche perdue... Le trajet est tout simplement magnifique... Nous débarquons dans ce "bout du monde". Du côté droit de la rivière, quelques barraquements, restos flottants, et guest houses sur le haut des berges. Resort haut de gamme et entrée du parc à gauche. Nous partons à droite, une chambre avec lits superposés et ambiance bruyante assurée par des étudiants malais en visite ici, sanitaires communs.

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Rapidement, nous décidons de ce que nous voulons faire... pas de tour organisé, ni de jour, ni de nuit (les retours que nous en avons eu sont décevants!). Nous voulons aller passer une nuit dans la jungle, dans un observatoire, avec un guide. Il faut réserver nos places au plus tôt, c'est très couru. Nous choisissons l'abrit le plus loin, moins fréquenté, où nous avons plus de chance de voir des animaux sauvages. Au choix nous pouvons y aller à pied, environ 6h00 de marche ou faire une approche en pirogue d'environ 30mn, puis une heure de marche. On choisit la deuxième solution  pour l'aller et retour à pied !

Au bureau du parc on nous annonce qu'un guide n'est pas nécessaire. J'insiste, serpents, mygales, gros félins? Pas de problème, le tigre n'attaque jamais les humains en forêt, il n'aime pas leur chair... Nous ferons donc sans!

Achat de provisions et surtout d'eau. Nous évaluons nos besoins à 3 litres par personne pour 24 heures je prends en plus une plaquette de Micropure pour, au besoin, purifier l'eau de la rivière, un fond de sac de pharmacie et premiers secours (aspirine, désinfectant, compresses, sutures...) Le sac de Pamela est choisit pour  rassembler le matériel principal, duvets, moustiquaires, rechanges, bougies etc. Les couteaux et les cordelettes (merci Xavier) seront de la partie. L'Aventure commence demain matin.

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La pirogue arrive, quatre places, un moteur puissant, nous partons plus loin que les autres, un étuis à chaque ceinture (couteaux/pince multiple/jumelles), un sac chacun, le plus gros pour moi et chacune de mes robustes aventurières un plus petit mais tout aussi important, protégés de lotion anti moustiques et crème solaire nous embarquons...

... Les aventuriers, c'est nous, tous les autres, c'est de la gnognotte!

Après quelques minutes de navigation mouvementée dans les rapides, nous débarquons en bordure de la forêt, un escalier grimpe, en haut nous mangeons avant d'attaquer la suite, en regardant couler le puissant fleuve marron, chargé d'alluvions en contre bas.

En route ! Notre chemin commence dans un vieux resort abandonné, ambiance ville fantôme assurée avec la forêt reprenant ses droits. Un panneau, un petit pont incertain et ça y est nous sommes en forêt !

Le chemin est facile, plat, sablonneux (encore un truc à touriste...). Il devient plus glissant, ça descend, ça monte, de plus en plus de racines se présentent, tantôt nous aidant, tantôt compliquant les choses.

Tout autour de nous, la végétation se densifie, des ruisseaux interviennent créant des bourbiers épais, collants et compliqués, tient ! on ne voit plus le ciel.

Finalement, troncs énormes, enchevêtrement de branches, boue, rochers, racines, dans tous les sens et tout le temps !

Courage ! Le garde à dit qu'il fallait entre quarante minutes et une heure pour arriver au refuge/observatoire !

Les fourmies sont énormes, Nana a cru que c'était des chiens, les termittes travaillent et dès notre approche les énormes soldats, comme une seule entité nous charge pinces grandes ouvertes. Gare, ça fait super mal !

Les sangsues seront nos pires ennemis, presque invisibles, elles guettent. On dirait même qu'elles nous entendent venir et parler quand on voit comment elles se précipitent vers nous. Ca colle, une fois accrochées, elles collent autant avec l'arrière qu'avec l'avant de leur corps (!) et une fois mordu, on peut enlever les petites mais il faut faire tomber les grosses en les chauffants au briquet ! 

DSCN3392On doute, cela fait presque deux heures que nous marchons et toujours rien.

Quand tout à coup, un panneau, plus que 200 mètres à faire.

Le refuge est là, devant nous, haut perché sur ses pattes de béton. Il faut bien ça, ici, nous pouvons voir des tapirs, daims, éléphants sauvages et le seigneur des lieux... Sher Khan lui même, oui, le tigre !

Outre l'aspect lugubre du lieu, nous ressentons tout de suite l'isolement. Silence pesant de la forêt.


 

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Premier constat et soins des bobos, décrochage des sangsues que tout le monde a eu. En moyenne cinq chacuns !

Nous nous mettons au guet. Au bout d'environ une heure, quelques singes briseront la monotonie de cette fin d'après midi, nous les voyons mais difficile de faire des photos.

 


 

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Pamela, de son oeil avisé, a repéré une des gardiennes du refuge... Une belle araignée, d'environ... la taille de ma main est là, juste au dessus de nous. Immobile. Dehors, près du wc à seau d'eau (lui aussi en hauteur), la mère de celle-ci veille. J'ai fait une photo, une seule tellement la "bête" est impressionnante, finalement aujourd'hui je ne la trouve pas assez proche, mais ça c'est aujourd'hui !

 

 

Je remarque que tout le monde est à cran et sentant ce malaise je décide de parler à Olivier et lui demande s'il n'est pas préférable de rentrer au village... nous discutons entre nous mais malheureusement l'heure est déjà bien avancé et nous n'avons plus le temps de rentrer au campament la nuit ne va pas tarder à tomber...

Nous sommes seuls, personne ne viendra nous rejoindre, l'atmosphère est pesante et pas une bestiole (mammifère ou autre oiseau) ne pointe son nez. Une partie de Yatsé pour passer le temps. Nana a gagné.

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La nuit est tombée, avec elle, le bruissement des insectes, les cris des animaux. Invisibles mais tous présents. J'ai attendu tard avant de fermer la porte pour montrer ma décontraction (il n'en était rien). Je suis inquiet, les filles sont angoissées. Nos cerveaux de citadins travaillent et nous échangerons le lendemain les différentes infos toutes plus dingues les unes que les autres que nous avons eu.

Apéro chips/soda, le diner fait de boite de conserves de fayots à la tomate sucrés. Beurk !

De toute façon, l'appétit n'y est pas. Je bloque la porte en bois avec deux briques car celle-ci n'a ni loquet, ni verrou ! Et de toute façon nous avons cinq ouvertures ou ni'mporte quel animal agile peut pénétrer à n'importe quel moment !!!!

Les moustiquaires sont prêtes depuis longtemps. Nous sortons les sacs de couchage, mes chéries quittent leurs jeans et s'y glissent. Cette nuit, nous utiliserons deux bas de lits superposés pour quatre. blottis ainsi, c'est plus rassurant.

La pluie tombe bruyamment sur le toit en tôle depuis plus d'une heure, couvrant tous les autres bruits et rajoutant ainsi à l'angoisse palpable. Je ne me déshabille pas, m'allonge contre Pamela, une main prenant la sienne à travers la moustiquaire, l'autre main à la ceinture sur mon couteau et monte la garde ainsi sans bouger.

Dans cette jungle là non plus, dans la noirceur de la nuit, je ne vois pas mes mains.

Réveil en sursaut à Cinq heures, Nana: << Olivier, réveilles toi, j'ai peur, une bête essaye d'entrer, elle gratte à la porte !>>

D'un bond je suis debout, frontale allumée, couteau en main, Nana m'interdit d'ouvrir la porte. Je lance à travers celle-ci d'un ton autoritaire devant mon auditoire pétrifié : << faut pas rester là, c'est une soirée privée !>>

Après coup, nous nous rendrons compte que la bête n'était pas dehors de la cabane, mais dedans... Elle a mangé des graines de tournesol, le fond d'un sac en toile et d'autres graines salées du même genre !

J'ai mis mon réveil à six heures. Le temps de tout plier, de déjeuner des sandwichs pain de mie/thon mayonnaise en boite tout prêt (re-beurk). à sept heures, nous sortons, direction la civilisation et un treck de six heures...

Heureux d'affronter une nouvelle fois l'enfer vert de la veille, deux chemins s'offrent à nous, nous choisissons de prendre l'option "terrain facile". Le plus compliqué sera la rivière à traverser car il a plut toute la nuit et ce matin encore...

Terrain accidenté, sangsues (nous avons pris des reflexes  pour nous en débarrasser et sommes plutôt efficaces dans cet exercice). Finalement, rivière infranchissable. Demi-tour, nous retournons vers le refuge pour retrouver le chemin de la veille et choisissons une troisième option, celle de la sécurité, retour au fleuve et espérer voir une pirogue...

Le trajet est tout aussi éprouvant que la veille, tout à coup, au détour du chemin, brusquement derrière un buisson apparaissent cinq Orang Asli. Des aborigènes qui vivent ici, quatre hommes et une femme habillés de pagnes, coeur croisé ou shorts et équipés de grandes sarbaccanes.

Echange de "selamat pagi" (bonjour), sourires, ils sont aussi surpris que nous. Nous ne ferons pas de photos, l'instant était trop magique et par respect aussi. Laëtitia nous a dit, après, avoir entendu un "no pictures".

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Nous arrivons au resort fantôme, je décide de prendre des photos de notre sortie de fôret, Pamela part en courant, bras en l'air en criant  des bêtises rigolottes et nous éclatons tous de rire. Soulagés.

La chance est avec nous, les filles sifflent (merci La Miche pour les sifflets!) une pirogue qui arrive dans le bon sens, négo prix pour le retour, on embarque.

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Le fleuve est gonfflé, déchaîné et encore plus puissant que la veille, les différentes traversées de rapides finirons de nous tremper.

 

 

 

Notre arrivée au camp de base est remarquée, la séance "enlevage" de sangsues dabord, peut être l'odeur aussi. Nous sommes sales, exténués et affamés, direction un resto flottant, p'tit dèj toasts, oeufs frits, pancakes avec un bon café, thé ou chocolat (hum!!!)...

Nous nous sommes habitués à l'odeur, la douche se sera juste après.

Une aprèm' cool, une bonne nuit de sommeil, demain nous reprenons la route avec le bus local pour filer plus au sud au bord d'un lac...