Après tous ces rebondissements, on arrive enfin. Un hôtel, petites chambres, sanitaires communs, nous sommes en altitude au moins 2329m (c'est l'altitude du Bromo et on est au dessus!), il fait froid. Ce soir on dort dans les duvets, les couvertures sont trop fines. Préparation de la journée suivante (plannification/réservation) : l'excursion et le départ vers la gare juste après...

Au programme : le parc national de Bromo Tengger Semeru. Et oui, rien que ça !

Il y a environ 1 500 000 ans un énorme stratovolcan, le Mont Tengger, probablement haut de plus de 4000 m, s'éffondre à la suite d'une éruption cataclysmale. Le trou béant ouvert par ce cataclysme dans l'est de Java constitue aujourd'hui l'un des plus beaux paysages de la planète : la Caldera du Tengger. Les éruptions qui suivent permettent la croissance de plusieurs cônes intracaldériques : le Kursi, le Widodaren, le Batok et enfin, le plus célèbre, le Bromo, en activité fumerollienne permanente. Ce cône de cendres, profondément marqué par une multitude de barrancos, est l'incarnation du dieu Brahma. En tant que tel, ce volcan est vénéré et craint par les Tengger, peuple Hindouiste vivant à côté du volcan depuis des centaines d'années. Dans l'immense mer de cendres, un temple y est même bati. Ses colères, quoique peu fréquentes, peuvent faire des victimes car le volcan est très facile d’accès.

4h00 : Réveil. On plie nos sacs de couchage et fermons ceux à dos, toilette, installation dans le 4X4 (un vieux Toy, BJ42), une fois de plus rien que pour nous. Le retour d'échappement et les effluves d'essence dans l'habitacle finissent de nous réveiller. Un quart d'heure plus tard, nous finissons l'ascension à pied et grimpons une côte super raide, heureusement pas trop longue, pour accéder au point de vue sur l'ensemble des volcans afin de voir le jour s'y lever !

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      Et c'est beau !

 

 

 

 

5h00 : Nous reprenons le 4X4, on se ré-intoxique et là, direction la mer de cendres.

Le levé du jour, la brume, ce paysage est surprenant, Lunaire. Tout d'un coup, le 4X4 vibre moins. ? Nous sommes en panne, on s'immobilise.

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Nous en profitons pour descendre et faire quelques photos. Sortant de la brume, des cavaliers arrivent au galop. Leurs silhouettes fantômatiques nous charment. Négo pour quatre poneys, Ok, on continu avec. Bien entendu, nos deux spécialistes du cheval sont hystériques, commentaires sur les différentes robes des chevaux, les selles, étriers et tout et tout. Rapidement, elles demandent à mener leurs montures seules, les propriétaires acceptent. Une fois lachés par leurs maitres à pieds, les équidés changent d'attitudes. Celui de Pamela cabre, rue, elle tient bon et le maîtrise, celui de Laetitia veut partir de son côté, elle ne le laissera pas faire. Trot enlevé pour Pamela, position western pour Laetitia (entendez, rennes tenues dans une seule main et trot enlevé!) les locaux courrent derrières. Elles n'ont pas besoin d'eux. Les trois filles feront même un galop, alors que pour moi, le maître le tient fermement par le filet, ne veut pas le lacher, il est bridé et moi avec, au pas ! ARGHHHHH!

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Nous franchissons la mer de cendres, avec bonheur, il fait frais, une belle lumière nous entoure. Instant de plénitude. On arrive finalement, après une grimpette infernale pour les montures dans une épaisse couche de cendres molles, au pied de l'escalier final. Reste seulement 230 marches à gravir pour arriver au sommet du cratère. Il est 5h45 environ.

C'est fait, de là haut, la vue est splendide, d'un côté, le cratère et son gouffre vertigineux, de la fumée nous en cache le fond. Un spectacle de volcans se chevauchant, des roches, des cendres, tout n'est que désolation. De l'autre l'immensité de la mer de cendres, encore un peu de brume, puis tout autour, des contreforts montagneux d'un vert profond. magique. Tout au fond, un volcan plus haut que les autres relache régulièrement des épais panaches de fumée. Nana va encore une fois vaincre son vertige et s'approcher du vide pour la vue et ... les photos.

 

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On redescend, rejoint le 4X4 à pied sur le parking, il fonctionne, puis retour à l'hôtel. Petit dèj'. Il est 7h15. La voiture privatisée pour aller à la gare nous attends. C'est bizarre, c'est un fourgon aménagé en mini bus, pas une voiture comme prévue. Et oui, tout est payé (erreur!), pas le choix, même pas de discussion, juste une remarque, l'essentiel étant d'arriver à l'heure pour prendre le train pour Banyuwangi à l'extrême Est de Java.

C'est bon ! Achat de quatre places en classe Biznis, de quatre nasi goreng (riz frit/nouilles/poulet/oeuf /purée de piments dans du papier sulfurisé),  eau, ships. On s'installe, le train démarre. J'adore quand un plan se déroule sans accrocs !

Arrivé en gare après quatre heures (environ 190 km)(!) dans une chaleur d'étuve. Sur le quai, Fendy est là, comme prévu. Fendy, c'est notre contact ici, un guide de 27 ans que nous ont recommandé Laurent et Vanessa (mais si, le couple avec enfants vu dans le car local au lendemain de notre enfer vert en Malaisie!), il est venu nous chercher avec sa femme... ... en scooter !

Ils feront deux navettes pour nous acheminer, sacs aux dos à l'hôtel qu'il nous a réservé, pas où Laurent et sa famille avaient été, un autre, il y a une compétition de moto cross ce week-end comptant pour le championnat du monde et tout est plein !

Il nous explique le déroulement du trek qu'il propose, nous discutons également du site de ponte des tortues marines, on voit les prix ensemble, on conclut. Le départ pour le Kawa Ijen a lieu à minuit!  Ce sera donc pour demain soir, avec le voyage nous sommes trop fatigués. Toilette, diner dans le resto de l'hôtel, puis retour en chambre (avec la clim!!!) et une nuit impeccable (sauf vers 4h00).

Lendemain matin. Fendy est venu nous chercher pour une balade au milieu des rizières afin de rejoindre sa maison et y prendre ses deux scooter pour se déplacer un peu plus loin. Accueil chaleureux dans son quartier ressemblant à un village, essai d'un becake, les filles dedans et Olivier sur la selle (on a juste faillit se renverser une fois!). Séance photo à la garderie d'à côté puis départ pour un temple chinois et la plage de sable noir de laquelle on aperçoit Bali, notre futur destination.

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La journée se déroule agréablement, un petit tour au championnat du monde de cross, le soir on dine puis se couche de bonne heure.

23h00 : Réveil (!), on finit de se préparer, les visages sont tendus, Pamela appréhende beaucoup de visiter ce volcan, descendre dans son cratère lui parait une folie, ça lui fait peur.

A l'heure prévue le 4X4 arrive, on démarre. Après plus d'une heure de route, on prend au passage, en pleine fôret et dans le noir, un travailleur du volcan qui s'installe sur le toit avec ses paniers, tout heureux de finir son chemin assis et motorisé. Chaque jour, il parcourt vingt kilomètres pour venir travailler et autant au retour, il part de chez lui à 22h00!!!

Arrivé au parking du parc national, quelques barraques, des hommes emmitouflés dans des épaisseurs de tissus, cigarettes en mains. Café et thé pour toute notre troupe (et oui, Pamela à rejoint le groupe des amateurs de thé!).

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1h30 : On démarre, je regarde ma montre, nous ajustons nos frontales, Fendy ouvre la marche, suivit de ... OUI, Laetita et Pamela. C'est raide, tout de suite, c'est dur, pas de temps de chauffe, le cardio est solicité dès le début. Wahoo ! C'est physique ! Au fait, on ne vous a pas dit où nous allons de nuit comme ça...

Le parc nationnal d'Ijen où se trouve le volcan lui donnant son nom ; le Kawa Ijen, vous avez surement vu un reportage sur le dur travail des porteurs de soufre.

L'extrémité Est de l'île indonésienne de Java est entaillée par une énorme caldera : la Caldera d'Ijen. C'est en son sein que s'est édifié le Kawah Ijen, haut lieu de l'exploitation du soufre. En effet, cet édifice possède une très intense activité fumerollienne persistante permettant le dépôt rapide de grandes quantités de ce minéral à la couleur jaune caractéristique. Le problème de ce volcan réside dans le fait que le cratère sommital, dans lequel se regroupent les fumerolles, accueille aussi un lac permanent dû à la collecte des eaux de pluie. La dissolution des gaz volcaniques a rapidement fait de ce lac la plus grande réserve naturelle d'acide chlorhydrique et sulfurique du monde. Ceci le rend extrêmement dangereux non seulement pour les habitants vivants sur les pentes du volcan en cas de vidange brutale du lac, mais aussi pour les forçats qui travaillent au cœur des fumerolles toxiques pour exploiter le soufre. Ces derniers récoltent jusqu'à 100 kg de ce minerai et le transporte sur plus de 20 Km à dos d'homme dans des paniers sur balancier. Les plus robustes font deux trajets par jour. Leur espérance de vie ne dépasse guère 45 ans. Ceux qui vivent plus vieux, mais dont le physique et la santé empêche de continuer, enverrons leurs enfants, à leur tour, en les déscolarisant pour subvenir aux besoins de la famille. L'état et la compagnie minière sont indifférents à ces 70 hommes et leurs familles, une épingle dans les 260 millions d'Indonésiens et les bénéfices sont tellement énorme qu'il ne faut surtout rien changer. Pour preuve, lorsque des ânes ou poneys ont été utilisés, ils ont rapidement été interdit, à cause des sabots abimant le chemin d'accès et ... des crotins , le tout pouvant géner les touristes. édifiant !

Fendy est attentif à notre bien être est propose des stop fréquents. Le rythme est régulier, belle condition physique que nous avons pris et surtout, nous nous interdisons de nous plaindre, les porteurs, en bottes en caoutchouc nous suivent et nous dépassent. Nous grimpons pour découvrir ce volcan, eux le font pour survivre. Survivre, c'est le mot, en moyenne quatre vingt kilos de charge avec ces dénivelés (montée + descente, une fois à vide, une fois chargé) et les vapeurs de soufre au fond du cratère pour ... 4 euros par jour, s'ils sont malades, rien.

Tout au long de la montée, Fendy se cachera pour faire peur aux filles. Dans le noir, au milieu des arbustes au début, puis la végétation se rarefiant, derrière des rochers, elles osent enfin parler anglais avec quelqu'un sans hésiter.

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3h00 : Arrivé au sommet du cratère, il fait froid, les polaires  et les vestes soft shell (bon conseil Cédric et Marie) ne sont pas de trop. On se prépare à la descente dans le cratère. Il fait noir, face à nous un précipice avec un chemin incertain, la fumée, le brouillard... Terrifiée, Pamela refuse de descendre, nous envisageons de laisser les filles (les trois) en haut et fendy et Olivier descendront seuls. Une propos pour s'approcher juste un peu afin de voir les flammes bleues, visibles uniquement de nuit. C'est bon on continue ensemble, le froid, le vide, l'odeur de soufre qui se fait plus forte. Autre hésitation, les flammes sont en vue, à dix minutes de marche nous dit Fendy. Contre toute attente, Pamela veut continuer, ça s'appelle le courage, non ?

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Arrivé en bas, la fumée est dissipée, le vent est avec nous. Nous découvrons une activité naturelle incroyable, au niveau des flammes bleues mesurant entre cinquante centimètres et deux mètres (en fait leurs tailles sont difficiles à évaluer), le soufre est liquide, afin de l'éloigner de la chaleur, les travailleurs de l'Ijen ont installé des tuyaux par lesquels il s'écoule. Liquide, il est orange brun foncé, un peu comme de l'ambre ou du caramel. En refroidissant, il fige et devient jaune claire. La production est incessante, les forçats cassent les plaques séchées d'environ 15/20 cm et parfois plus à la pioche puis les chargent dans leurs paniers avant la terrible remontée.

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Les gazs se font plus forts, nous décidons de remonter sans plus attendre, toujours le vide et le froid, la raideur du chemin escarpé, le vent qui décide de rabattre les fumées vers nos yeux, nos gorges et nos poumons, il faut accélérer. Tout autour de nous, tout n'est que cahos et désolation. La puissance de la nature à l'état brut. Aucune vie n'est possible ici. C'est vraiment une expérience difficile, le coeur est encore une fois sollicité. Le moral flanche un peu pour Pamela et, la voyant pleurer, un porteur de soufre  descendant vers le fond, nous proposera gentiment de la remonter. Elle se reprends, encouragée par Laetitia, pas plus rassurée mais confiante. On continue. Arrivés au sommet, face au cratère maintenant éclairé par le jour enfin levé, nous féliciterons nos enfants pour leur courage et leur confiance. Nous sommes épatés et très fiers d'elles.

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P1230318Fendy a beaucoup d'affection et de compassion pour les travailleurs, nous avions acheté des biscuits sucrés à leur offrir tout au long du chemin. Grâce à cela, nous échangerons un peu avec eux et profiterons pour en savoir un peu plus sur leurs conditions de travail et de vie. Olivier trop curieux va même tâter les quadriceps, étrange consistance et épaisseur de ce muscle ! Ils nous font voir les stigmates laissés par le bambou du balancier sur leurs épaules. Nous leur avons acheté des petits bouts de soufre en souvenir, j'en avait récupéré encore tiède et crépitant juste à côté de la "source" mais nous n'avons pas voulu résister à ces hommes souriants proposant de nous vendre quelque chose pour améliorer leur quotidien. Nous ne garderons et ne rapporterons pas tous les morceaux, mais ce jour là, nous n'avons gardé aucun de nos billets non plus.

Ce que l'on a donné à chacun d'entre eux correspond à une demi-journée de travail au moins. Nous sommes touchés par leur sort.  Face à cette vie terrible, Nana pleurera à la redescente. Lorsque nous parlions de venir ici à Seyssinet, en préparant notre parcours, elle ne voulait pas, à cause de ça. Finalement, elle est contente de l'avoir fait, mais tellement triste face à la misère de ces gens.

Tout le monde dort dans le 4X4 au retour, même le guide. On arrive à l'hôtel à 9h00, douche, clim, au lit jusqu'à 14h00. L'après midi cours CNED et une nuit de repos avant de partir deux jours, sur la côte Sud de Java pour tenter d'y voir des animaux minuscules d'abord, puis géants ensuite mais si fragiles...