Le quai de Vaitape est en effervescence, chacun pose son paquet, son carton, un frigo, un vélo. Nous, nos sacs à dos. Les marins chargent tranquillement le tout dans la cale. Les têtes tournent, Gaston Tong Sang, le maire de Bora Bora et ancien président du territoire, est en train de monter dans un petit bateau puis s’éloigne à son bord.

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Une fois la cargaison chargée, autant dans la cale que sur le toit du navire, nous prenons place à bord du mythique « Maupiti Express ». C’est le bateau qui relie Bora Bora à Maupiti le jeudi, Raiatea et Tahaa d’autres jours, en deux heures pour chacune des destinations. Les habitués l’ont surnommé le « vaumiti express » tout un programme…

 

 

On file directement à la passe Teavanui, la seule navigable pour entrer et sortir du lagon Boréen, du bateau on voit même le fameux canon US situé juste en face dans la jungle et dont on a jamais trouvé l’accès. En regardant attentivement, hier, les locaux nous ont fait monter sur une autre colline !

La sortie du lagon est large et tranquille. Le Motu Tapu, à gauche reste tout simplement superbe. Cet îlot (motu) était réservé aux femmes et notamment, la reine Pomare aimait s’y reposer. Il était donc interdit aux hommes, «Motu Tapu » (îlot interdit), ce nom qui, comme pour celui de Bora Bora, a changé son « p » en « b » et est devenu Tabu. Prononcez « tabou ». Et oui, ce mot français vient du Tahitien !

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Puis c’est l’océan, le grand large, la silhouette de Bora Bora s’éloigne, dans un léger contre-jour magnifique, pendant que celle de Maupiti s’approche lentement, minuscule et massive.

 

Une fois sorti du lagon, ça bouge tout de suite beaucoup plus, nana me demande un second cachet contre le mal de mer. Malgré des creux de un mètre cinquante/deux mètres, les deux heures de traversée seront plutôt calmes. Cela est dû à une houle longue, qui va compenser un peu. Pendant notre approche finale, nous apercevons de gros rouleaux qui se brisent sur la barrière de corail. Le bateau ralentit, on dirait qu’il cherche l’entrée, il faut dire que la passe de Maupiti est très étroite, certaines fois, suivant le temps, on ne peut pas passer et le bateau doit faire demi-tour.

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Heureusement, pas aujourd’hui, c’est au dernier moment que la passe s’offre à nos yeux, de chaque côté, les récifs de corail frangeant arrêtant bravement les assauts réguliers des puissants rouleaux océaniques, paraissent défier les navigateurs hasardeux. La houle se raccourcit dès l’entrée, le courant sortant est très fort, le Maupiti Express s’oriente dans l’axe, légèrement sur la droite. Gaz ! Le pilote connait bien sa machine et les lieux, ça passe…

 

 

 

Dès la barre passée, plus de houle, presque le calme plat. Le corail au raz de l’eau, puis les motus garnis de cocotiers et de sable blanc. Tellement blanc que nous sommes éblouis par la luminosité et par tant de beauté. Quelques bungalows, minuscules logis, sont dispersés, çà et là.

Toute la majesté du pacifique sud est devant nous.

Après la démesure océanique, sa houle, la puissance mécanique contre celle, naturelle, des courants marins, le Maupiti express ralentit et suit prudemment le chenal bien délimité jusqu’au port afin de rester là où il y a le plus de fond.

Dans ce lagon minuscule, entourant une île confetti, il y a des hauts fonds partout et les patates de corail, parfois à fleur d’eau, ne pardonnent pas la moindre erreur.

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Maupiti est la plus ancienne des Îles de la Société, elle a 40 000 ans, la montagne centrale, ancien volcan, s’enfonce inexorablement tandis que les coraux croissent sur le récif et le sable se dépose dessus formant des motus de belle taille. Un jour, comme Tupai, non loin de là et Tetiaroa (l’île de Marlon Brando), il ne restera que les motus, plus d’île centrale. Maupiti sera alors devenue un atoll !

 

 

Nouvelle effervescence, nous débarquons, surexcités, sur le quai, Dawn nous accueille avec un joli collier de tiare pour chacun et un sourire magnifique. Nous récupérons nos affaires, pendant que Dawn récupère les siennes.

 

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Sous un hangar, des sacs de coprah attendent d’être chargés dans une goélette dans quelques jours. L’odeur qui se dégage est enivrante. Le coprah, c’est la pulpe des noix de coco séchée, qui sera transformé en huile, le monoï. Pour lui donner divers parfums, on ajoutera généralement des fleurs de tiare, parfois du jasmin ou du bois de santal. Cette huile si caractéristique de Tahiti et ses îles, n’a rien à voir avec ce que l’on nous vend en France malgré une appellation d’origine contrôlée qui devrait la protéger.

Le 4X4 est chargé ; En route pour notre logement de la semaine à venir. La pension Tautiare est composée de deux maisons, une où se trouvent nos chambres, l’autre où nous prendrons nos repas. Un ponton avance sur le lagon de cent mètres. Tout au bout, un artiste a choisi de multiples couleurs allant du bleu au blanc pour peindre la toile de fond.

Les filles sont cassées par la traversée et le soleil (et le cachet contre le mal de mer !?), elles prennent immédiatement leurs repères sur leur lit…

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… Nous les laissons là et décidons de partir découvrir la plage. On choisit de la rejoindre en longeant le bord de mer. Ce sera plus compliqué que prévu, avec des arbres écroulés et des cailloux et rochers partout. En tong en plus. Passé ces difficultés, un lagon paradisiaque. Quarante centimètre d’eau cristalline sur du sable fin, des cocotiers d’un vert profond avec de petites touches de jaune lumineux. Quelques roches volcaniques d’un beau noir un peu rouille contrastant parfaitement dans cette luminosité d’Eden.

 

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 C’était tellement beau que j’ai fermé les yeux…

 

 

 

Là, sous l’ombre protectrice des cocotiers, une petite cahute. On choisit une boisson fraiche, puis vue l’heure, dans cette improbable paillotte, on commande quatre casse-croutes. Ils sont géants, on va les rapporter à la chambre.

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Pour rentrer, nous passons par la route traversière, ça monte raide mais pas longtemps. En haut, nous voyons que l’artiste évoqué tout à l’heure, a soigné sa toile. D’en haut c’est presque plus beau…

 

Repas, après-midi repos.

Au diner du soir, nous partageons notre table avec cinq parisiens en vacances, les parents et leurs enfants (adultes). Trop courte rencontre le temps d’un repas, ils repartent demain…

Nuit calme, sous le ventilateur ami, sans coqs insomniaques ni chiens dépressifs qui vous entrainent avec eux dans une nuit blanche.

Demain, nous irons à la plage avec les filles pour en prendre plein les yeux...