Une journée au paradis avec les diables des mers

Petit déjeuné terminé, Vetea, nous attend sur son bateau, on charge le matériel du pique-nique et nos affaires en plus de toute la troupe. Nous traversons les patates de corail puis déposons la femme de Mike (cuisinière du jour) et tout son nécessaire sur une plage isolée. Pendant que nous allons nous promener, elle va avoir énormément de travail, préparer la plage, le barbecue, le repas etc…

Le bateau repart, après quelques minutes, Vetea s’approche d’une bouée, s’amarre et coupe son moteur. En dessous de nous, un bleu lumineux, entre sept et huit mètres de fond. Partout, du sable et… une patate de corail. Une « patate » de corail, c’est une espèce de gros rocher, généralement posé sur un fond sableux, qui grandit avec une forme irrégulière, comme les patates et peut avoir des tailles complètement diverses. Là, dans cet îlot de vie sous-marin, des multitudes de petits poissons se cachent, mangent et se reproduisent bien protégés par leur patate.

Celle en dessous de nous abrite une « station de nettoyage », les poissons papillons attendent les plus gros, inoffensifs pour eux, et les débarrassent de leurs parasites en les mangeant. Echange de bons procédés (pour manger : Je te nettoie. Pour être nettoyé : Tu me laisse manger) ! De la surface on ne voit pas grand-chose, mais Vetea, à l’œil exercé, nous annonce déjà trois demoiselles…

Des raies Manta, nous allons voir des raies Manta, simplement avec masques et tubas ! Normalement il faut bouteille, combi’ et tout et tout… C’est une particularité de Maupiti, quelques spécimens sont sédentaires dans peu d’eau. La configuration de l’île et l’intelligence de ses habitants font qu’ici, contrairement à Bora Bora, il n’y a pas de tourisme de masse, on fait attention à l’environnement et surtout à ne pas déranger la faune.

Comme toutes les raies, la Manta fait partie de la famille des requins. C’est la plus grande de toute, elle peut atteindre sept mètres d’envergure, avoir un ou deux petits une fois tous les quatre à cinq ans. Elle est ovovivipare (l’œuf éclos dans son ventre) et pour expulser le petit d’environ un mètre quarante, elle saute hors de l’eau pour retomber dans un « plat » magistral qui va l’aider à l’expulser… D’un naturel placide, elle peut vivre quatre-vingt ans. Heureusement, elle ne mange que du plancton qu’elle dirige vers sa bouche à l’aide de deux protubérances situées de chaque côtés ; les cornes céphaliques. C’est en partie à cause de ces cornes, lui faisant une « sale gueule », qu’elle a été surnommé le diable des mers. Elle est pourtant parfaitement inoffensive pour l’homme, mais sa silhouette et sa taille imposent le respect.

Vetea jette une corde à laquelle nous devrons nous agripper afin de ne pas être emporté par le courant sortant dans la passe toute proche puis vers le grand large… On enfile nos masques, tubas, palmes et on descend doucement dans le grand bain. C’est impressionnant, l’excitation mêlée à une légère angoisse d’autant plus que la visibilité n’est pas fabuleuse, le courant est fort mais chacun se met à l’eau.

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Tout à coup, une ombre, puis une autre, ça y est, on les distingue enfin, elles sont quatre, cinq à « voler » doucement autour du bloc de corail, les cornes céphaliques légèrement repliée vers l’intérieur. Elles ne mangent donc pas, elles se font nettoyer. On va rester là un long moment. Elles font en moyenne trois mètres d’envergure, la plus grande doit mesurer quatre mètres cinquante. La longueur de ma 407 SW !

Après être remonté à bord, nous partons faire le tour de l’île, suivant leur profondeur, des bancs de sable, inventifs, et jaloux de tous ces bleus ajoutent, généreux, toutes sortes de nuances colorés de blanc, de blonds et de sables pour cette eau qui n’en avait déjà pas besoin.

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Nous arrivons au jardin de corail, un cañon sous-marin, séparant deux motus, partant de la barrière de corail vers le centre de l’île, remplis de patates de toutes tailles et formes, habitat naturel d’une multitude de poissons de toutes sortes. Nous redescendons du bateau, de nouveau équipés. On se laisse dériver vers l’intérieur du lagon, le bateau nous attendra un peu plus loin. La visibilité est géniale, un aquarium, on se baigne dans un aquarium ! Le courant nous fait lentement visiter son domaine, là, poissons trompettes, papillons ou chirurgiens. Quelques balistes colorés, poissons coffres, cochet ou perroquets hauts en couleurs profitent aussi du spectacle et nous regardent passer sans en perdre une miette.

On finit le tour en passant entre le motu et la plage où nous avons l’habitude de nous rendre. Il faut remonter le moteur et on avance doucement, il y a si peu de fond. C’est le seul (ou presque) lagon de Polynésie qui peut être traversé à pied pour rejoindre le motu en face. Plus loin, quelques raies pastenagues « décollent » à notre arrivée.

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Le soleil est brulant, la chaleur intense. Nous arrivons au motu sur lequel nous attend un pique-nique local.

 

 

 

 

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Poisson cru, poissons chirurgiens cuits sur le feu, riz, pastèque locale.

 

 

 

 

 

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Un bonheur ! Un vieux rêve depuis des années ! Manger un repas de ce genre assis dans l’eau cristalline d’un lagon en contemplant le paysage. Les poissons au bord du rivage, autour de moi, attendent que je leur donne un petit quelque chose. C’est tellement bon qu’ils attendront que je fasse la vaisselle ! Je demande à Cyril, infirmier de son état, s’il est heureux de bouffer du chirurgien ? La réponse est : oui !

 


 

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On va papoter des heures les fesses dans l’eau en se crémant régulièrement, les enfants eux, sont partis jouer plus loin, rejoins par d’autres, locaux, tout heureux de voir de nouvelles têtes dans cette île qui n’en compte pas beaucoup.

 

On repart vers la pension, chacun aide au chargement du matériel dans le bateau, on refait un stop pour voir les raies, elles sont toujours là et on les voit un peu mieux.

Re-plouf, re-émerveillement puis retour à la pension. Douche, repos, avant le diner du soir.

Exténuant…