Réveil naturel à sept heures, heure locale, le temps que toutes se réveillent nous descendrons déjeuner vers neuf heure trente. Fruits, œuf, petits pains et beurre salé, ça fait du bien, on avait faim.

Le temps est maussade, on sort visiter la ville au hasard des rues, nous avons un plan et savons déjà ce que nous voulons voir et à peu près comment.

Le ciel est gris, par endroit très sombre, point de bleu pour le moment, ce qui n’empêche pas le fait que nous transpirions déjà. Vêtus de shorts, T-shirts et tongs nous partons à l'aventure, à la découverte de La Havane. La ville est divisée en plusieurs districts, la vieille ville, là où nous avons choisi de résider, date des années fastes, celles d'avant la révolution, lorsque Cuba, situé à seulement cent soixante kilomètres des côtes de la Floride et de Key West, était l'endroit de villégiature préféré des stars, des nantis et de... la mafia, qui y investissait à très grande échelle!

Et puis l'histoire a stoppé cette joyeuse insouciance, avec à sa tête un petit groupe de quatre jeunes idéologues barbus, rêvant de justice et d'équité. Ils parvinrent à leurs fins, pour le plus grand bonheur du peuple. Puis fut le temps des décisions radicales qui fâcheront le puissant voisin et la communauté internationale sauf la grande Union des Républiques Socialistes Soviétique, trop heureuse d'avoir un allier si bien situé géographiquement. Puis l’embargo, puis la crise des missiles... avec le temps qui passe, inexorablement, laissant finalement un pays exsangue avec une réforme agraire inefficace et un peuple libre démunit. Tout appartient depuis à l'état, le système de santé fait partie des meilleurs du monde et l'alphabétisation pourrait faire rougir beaucoup d'autre pays.

Cependant, avec le manque de moyen, l'entretien de l'ensemble des bâtiments et des infrastructures passe au second plan voir beaucoup plus loin. Nana ressent l'impression d'être en zone de guerre, après des combats urbains acharnés et quelques bombardements lorsque les carcasses d'immeuble sont au sol ! Les étagères des magasins d'état sont vides, hormis des cigarettes, du riz et des torchons. (!).

 

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Moins angoissante grâce à la lumière du jour, l'ambiance de La Havane est différente, les bâtiments restent décrépis, voir en ruine, mais l'aspect inquiétant a disparu. Les gens nous dévisagent, voir nous interpellent mais les hello puis très vite holà ne sont que trop rarement désintéressés. Dans le quartier où nous sommes, une fois de plus, nous sommes les seuls occidentaux, il faudra se rapprocher des bâtiments, tel le Capitolio, pour rapidement retrouver des touristes.

C'est incroyablement délabré, tout, partout, quasiment en ruine, il nous faut marcher au milieu de la rue pour ne pas craindre les chutes de pierres des balcons !!! les couleurs des façades rivalisent par leurs choix criards, leur détérioration, les aménagements de chacun y compris les évacuations des eaux de pluie hétéroclites des balcons avec des longueurs de tuyaux incroyable pour éloigner le plus possible la chute d'eau. Sous cette extravagante décrépitude la silhouette charmeuse des demeures coloniales se faufile, discrète, presque effacée mais omniprésente et séductrice.

Face au Capitolio, le même qu'à Washington mais un peu plus grand nous assure t-on, des immeubles avec arcades et quelques magasins, essentiellement des locaux minuscules où l'odeur d'huile bouillante rivalise avec celle des beignets et autre hamburgers. Une avenue large de quatre voix emprunté par les véhicules précités. Les images de cartes postales Cubaine sont là. Un peu plus loin, bien alignées en épis au bord d'une jolie place verdoyante, elles sont là, les belles de La Havane, découvrables et découvertes. Les couleurs brillent grâce au vernis que tant d'autre n'ont plus depuis longtemps et les chromes sont entretenus. Holdsobile, Chevrolet, Ford, Pontiac... Toutes des années cinquante. On fait quelques photos de loin, un homme m'interpelle et nous fait l'article. Je le coupe et veux savoir quelle est sa voiture, on veut choisir. Une Buick de mille neuf cent cinquante sept, magnifique, rouge bordeaux, intérieur cuir crème, moteur V8 d'origine (consommation : 1L/4KM) c'était celle de son grand père. Carlos nous explique les tours proposés, on choisira le second qui couvre l'ensemble de ce que nous souhaitions voir ici !

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En voiture ! tout de suite à l’intérieur, un sentiment de fierté nous envahit, on fait même signe aux touristes qui nous photographient, comme si nous étions les heureux propriétaires du bijoux mécanique. On se pavane ainsi dans le quartier chinois, qui a la particularité d'être le seul au monde à ne pas avoir un seul Chinois, bien qu'il soit pourvu de restaurants asiatiques sans le moindre Asiatique non plus ! La raison en est simple, ce peuple est tourné vers le commerce, celui-ci étant, ici, réservé à l'état, ils sont tous parti plus loin en Amérique centrale ou du sud quand ça a mal tourné. La balade de deux heures durera finalement trois et nous verrons tout de La Havane, la vieille ville, les grandes avenues stalinienne désespérément vides, l'immense plaza de la revolucion, avec sur le fronton de deux bâtiments ministériels, les effigies de Ernesto Ché Guévara et de Camilo Cienfuegos.

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C'est sur cette place que se sont réunis un million de personne lors du retour de la dépouille du Ché. Le plus grand cimetière d’Amérique latine (entièrement réalisé en marbre de Carrare), le front de mer avec des immeubles démesurément hauts, construits par les Soviétiques, vingt étage souvent mais dépourvus d'ascenseurs et dont l’esthétique Bolchevique est caractéristique, l'hôtel National, le plus luxueux de l'île, là où les invités de marque du gouvernement résident . Il s'agit d'un ancien casino appartenant aux cinq grandes familles mafieuses de l'époque dont Al Cappone, tout prés, l'ambassade des États Unis d'Amérique... Nous empruntons le tunnel pour passer sous l'entrée du port et accéder de l'autre coté à la citadelle avec son point de vue sur la ville, son Christ tout propre puisque François est venu il y a peu et ses missiles. Une exposition de la puissance militaire est étalée là. Des missiles de courte portée, des batteries anti aériennes, des débris d'avion Américain, un MIG21, ancien fleuron de la chasse Soviétique et un énorme missile type Scud capable, avec sa portée de plusieurs milliers de kilomètres de frapper le cœur de l'Amérique à peu près partout.

On prendra une pina colada tout les cinq avec ou sans alcool bien entendu. Au retour, un stop dans le parque où trône une statue de dent blanche immaculée et.. la statue en bronze de John Lennon, assis sur un banc. Un petit homme approche, dépose des lunettes rondes sur la star et m'invite à m’asseoir à ses côtes pour la photo. On l'avait vu à la télé il y a dix jours, Nana lui apprend qu'il est connu en France et souhaite, du coup, lui serrer la main !

On repart après avoir couvert notre voiture puisque le temps nous fait quelques misères.

La balade finit, Nana nous dégote, une fois de plus, un restau' dont elle a le secret, puis on déambule dans les rues étroites à la recherche de la solution idéale pour quitter La Havane en direction du sud est, en direction de Trinidad.

Après avoir visité le musée de la révolution (il y en a un dans chaque ville!), on trouve la solution, louer une voiture dix jours et aller où bon nous semble. On la réserve pour le lendemain, tout est sous contrôle.

Lendemain matin, même petit déjeuner délicieux, les sacs sont entreposés en attendant notre retour. L'humeur est au questionnement, le prix de la location est très élevé mais surtout avec cette solution nous n'allons pas vraiment à la rencontre des gens et cela nous dérange, ne nous ressemble pas. On change d'idée, et abandonnons la location. Au hasard des rues, nous faisons de charmantes rencontres, devant une école de danse, au coin d'une rue, bref un peu partout...

Et après s’être laissé vivre très (trop) longtemps, dans La Havane, ayant laissé de côté les bus, on se met en recherche d'un chauffeur, on négocie, ça y est on a trouvé. Un taxi, magnifique, n'ayant que vingt cinq, trente ans, rouge de marque très répandue ici ; une Lada, la route s'annonce épique ! Mais il est tard, comme on ne circule pas de nuit à Cuba, on partira demain à l'aube et par chance, notre maison d’hôte a encore deux chambres libres pour ce soir.

Demain commence l'aventure...